mardi 20 août 2013

Géométrie alimentaire

Balade urbaine sur les quais de l'Ourcq

Quelques photos (retravaillées sur Instagram) d'une intéressante balade urbaine (itinéraire sur Google Maps) le long des quais de l'Ourcq, de Bobigny (Parc départemental de la Bergère) jusqu'à La Villette. Il y a encore quelques friches urbaines et industrielles, supports de tagueurs. Ça change des quais de la Seine : il n'y a personne et on peut observer un tissu urbain en plein mutation.




lundi 19 août 2013

Les morts de la Saint-Jean, Henning Mankell

Que faire en vacances lorsqu'on a épuisé avant le retour les romans qu'on avait emporté ? Espérer que des touristes français aient oublié un livre que l'hôtel mettrait à disposition... Vœu exhaussé pour moi à Çıralı en Turquie avec ce polar suédois : Les morts de la Saint-Jean de Henning Mankell. Je ne lis pas beaucoup de romans policiers. Les quelques Agatha Christie lus plus jeune n'ont pas créé chez moi une passion particulière. J'aime beaucoup James Ellroy, mais ses romans ne sont pas seulement des polars, ce sont pour moi des romans noirs, des romans historiques et, surtout, il s'est forgé un style à nul autre pareil. Autrement dit, Ellroy est pour moi un véritable auteur, inventeur d'une écriture et même d'une structure romanesque propre.
C'est donc à défaut d'autre chose à lire que je me suis lancé dans ce gros roman policier (564 pages). Pour une raison que j'ignore les Éditions du Seuil ont introduit avant le roman un résumé de toute l'intrigue... Le plaisir de la découverte et le suspense sont donc un peu éventés et je recommande à ceux qui achèteraient cette édition de sauter la première page. Mais après, on découvre le commissaire Wallander (visiblement héros d'autres romans de Mankell) et on suit avec beaucoup d’intérêt l'enquête qu'il mène avec ses collègues. Tout le plaisir de ce roman repose sur la particularité de son style et de son approche : très réaliste et directe. Ni les policiers, ni le coupable ne semblent être des personnes extraordinaires. Mankell n'en fait ni des superhéros, ni des monstres. Aucun glamour, aucun mystère à la Thomas Harris. Mankell montre plutôt tout le processus d'une enquête. Comment une équipe d'enquêteurs parvient-elle à identifier un coupable ? Quelles questions se posent-ils ? Quelles sont leurs priorités ? Les modalités d'organisation de leur travail ? Leur façon de penser ? Quels sont les détours de leurs questionnements ? Tout cela est très bien rendu, sans susciter une seconde l'ennui. 
L'enquête envisagée du point de vue de Wallander est interrompue à quelques rares reprises par le point de vue du tueur. Ces brefs chapitres changeant de narrateur excitent la curiosité. Le personnage de Wallander est une sorte d'anti-héros, vieux, fatigué, une peu malade mais ayant un sens du devoir indéfectible le conduisant à faire preuve d'une ténacité extraordinaire. Ce roman m'a beaucoup plus également par son refus d'entrée dans la psychologie du tueur. Ce n'est pas (ou peu) une enquête de profilage. Et tout l'intérêt réside dans la traque du coupable. C'est pourquoi la scène de sa capture peut paraître un peu décevante, car elle n'est pas l'essentiel. Henning Mankell dresse aussi un portrait assez noire de la Suède. La situation de son pays semble l'inquiéter. 
Une bonne pioche donc que ce polar suédois !

vendredi 19 juillet 2013

Cécile McLorin Salvant, Café de la danse, Paris

Du sang frais en jazz vocal féminin !! Enfin !! D'aucuns sur le net boudent leur plaisir en émettant des critiques sur sa technique et des doutes sur son devenir, pour ma part, je suis emballé par la jeune Cécile McLorin Salvant. J'avais découvert chez Gibert son existence, son talent et son prochain concert d'un seul coup ! 
Cette jeune femme (à peine plus de 25 ans) surgit dans le paysage du jazz vocal avec un voix très puissante, très ample mais aussi des choix musicaux originaux (plutôt le jazz des années 30-40).
Cécile McLorin Salvant manifeste un certain engagement dans le choix de ses titres, la rapprochant en cela d'Abbey Lincoln qui semble aussi, avec Shirley Horn, être une de ses références modernes. Son album est marqué par le jazz new-orleans ainsi que le blues : St. Louis Gal, Nobody, You bring out the savage in me, John Henry, Jitterburg Waltz.
Sa voix mais surtout sa technique me font penser à Betty Carter. Il suffit d'écouter son interprétation de What a little moonlight can do. L'introduction très longue (1 min 10 !!) qui joue sur le simple "Oh what !" initial montre sa capacité à jouer autour du texte en se jouant de sa structure, en le travaillant et en faisant exploser sa structure rythmique. Écoutez les changements de tempo dans ce titre, ainsi que son étirement dans le temps, la parenté avec Betty Carter est évidente ! Soyez aussi attentifs à la virtuosité du solo de piano autour de la 4e minute : les jeux de la main droite et de la main gauche sont complètement déconnectés.
Le concert a confirmé l'impression du disque, même s'il lui a fallu deux titres pour se chauffer et être plus juste. Elle semble un peu timide, un peu en retrait alors même qu'elle dispose de moyens vocaux phénoménaux : elle a une voix puissante, capable d'impressionnants sauts d'octave. Elle a une diction parfaite, très détachée, un peu à la Carmen McRae. Voilà donc une jeune femme dont le prochain enregistrement sera déterminant. En attendant, réécoutons Woman child et pour ceux qui veulent la découvrir : le site du centre de jazz de San Francisco.

Roberta Gambarini, New Morning, Paris

Et dire que j'ai failli rater la venue à Paris de cette chanteuse de jazz dont j'ai les enregistrements mais que je n'avais jamais vu en concert ! J'aurai vraiment raté quelque chose !! Roberta Gambarini est d'origine italienne, elle est née à Milan, mais elle vit aux États-Unis. Elle n'a que trois albums à son actif, mais elle est accompagnée depuis ses débuts par les musiciens les plus reconnus. Sur le premier, elle a travaillé avec John Clayton partenaire de Diana Krall. Sur le second enregistrement, elle est accompagnée par Roy Hargrove et sur son dernier, elle est en duo avec le grand pianiste Hank Jones. C'est comme si cette belle brune n'avait pas eu à faire ses débuts mais que d'emblée, elle ait été reconnue comme une immense chanteuse et une grande musicienne.
 C'est une petite femme, dans sa quarantaine qui arrive sur scène, en robe bustier très courte (ayant affriolé les vieux messieurs du premier rang). L'imitation croco lamé noir n'est cependant pas du meilleur gout. Elle a un sourire éclatant sous sa crinière fournie et frisée.
Le concert a commencé de façon peu commune, car elle l'a dédicacé à Trayvor Martin et a chanté a cappella un gospel. La salle a immédiatement été refroidie et je me suis demandé comment elle allait engager la suite. Sans transition !
Ses deux sets ont été assez différents. Le premier excellent, très original, mêlant ballades et blues, standards et titres rares, en anglais mais aussi en italien (le sublime Estate !!) et en français. Le second set était plus classique, elle y a osé moins de choses, à l'exception d'un duo improvisé avec Denise sur East of the sun, West of the moon
Roberta Gambarini est en pleine possession de ses moyens vocaux. Elle peut tout se permettre de la ballade, à la limite du torch song, au blues le plus débridé, en passant par la bossa. Elle nous a donné un Chega de saudade d'anthologie !! Elle fait partie de celles qui scatent (pour ceux qui n'envisagent pas une chanteuse de jazz qui ne scate pas ou pour ceux qui ne supportent pas) et elle ne le fait pas parce que c'est un code du genre mais parce que c'est un moyen parmi d'autre de chanter, c'est-à-dire de faire de la musique. Elle ose même, la main sur le micro, faire un solo de trompette et c'est convaincant !! Elle a la faculté rare, très rare, je ne l'ai vu que chez Dee Dee Bridgewater, de se lancer dans une véritable improvisation de scat sans savoir où elle allait et d'emmener le public avec elle. C'est une très grande musicienne. Sa voix a un timbre très beau, très simple, sans grain ou velouté particulier mais elle peut tout se permettre du fait d'un registre très étendu. Elle a une diction parfaite. Ce concert fut une révélation car je n'aurai jamais pensé à l'écoute de ses enregistrements qu'elle puisse être aussi explosive sur scène. Une femme à suivre et, à mon avis, pour longtemps !
Ses jeunes musiciens étaient bons, mais ils sont restés un peu en retrait, à l'exception du batteur. Il faut dire que Roberta Gambarini sait ce qu'elle veut : elle conduit.
Par contre, on a connu le New Morning un peu mieux organisé. Micros changés à la dernière minute, oublis de raccordements, intervention pendant un morceau, instruments trop en retrait, nombreuses demandes des musiciens pour le retour, bref techniquement à revoir.

samedi 8 juin 2013

Quatuor Zaïde, Théâtre des Abbesses, Paris

Ultime concert classique de ma saison 2012-2013, saison quasi thématique puisque j'avais choisi beaucoup de quatuors à cordes. Un concert qui était aussi l'occasion de découvrir une jeune formation française, exclusivement féminine : le Quatuor Zaïde. Une découverte décevante cependant. Je ne suis pas sûr que leur programme soit en cause, ni qu'ayant entendu des interprétations superlatives cette année je suis particulièrement exigeant. J'ai trouvé ces 4 jeunes femmes d'une grande sécheresse dans leurs interprétation, surtout dans le Quatuor n°5, opus 20 de Haydn. Leur interprétation ne semblait viser que les articulations des différents éléments de chaque mouvement, produisant pour l'auditeur une sorte de désarticulation des pièces exécutées. Leur son n'avait ni la souplesse ni la douceur qu'une telle pièce exige également. Il en a été de même pour le dernier quatuor de Schubert. Leur style, qui me semble plutôt relever d'un choix esthétique permettant de se détacher des concurrents, est abrupt et sec. Elles ont proposé en bis une très courte pièce moderne qui semble mieux leur correspondre. Il me semble que le Quatuor Zaïde demande encore un peu de maturation pour commencer à être agréable à écouter.

mercredi 1 mai 2013

Collection Howard Greenberg, Fondation Cartier-Bresson

Quel bonheur de se réfugier dans la belle maison de la Fondation Cartier-Bresson en ce plus que frais matin de fin avril ! La magnifique collection d'Howard Greenberg y était présentée. Plus qu'une collection privée, il s'agit d'une véritable anthologie de la photographie au 20e siècle ! Je connaissais certains clichés de façon indirecte par leur reproduction dans la publicité ou des manuels d'histoire de l'art mais je n'en avais jamais fait l'expérience sensible directe. Il en va de la photographie comme de la peinture, il faut se confronter directement aux oeuvres pour en saisir la forme et toute la force. Les fameuses jumelles de Diane Arbus par exemple est une toute petite photo de quelques centimètres carrés. De même, nous avons tous vu la Migrant Mother, Nipomo, Californie de Dorothea Lange de 1936, mais pour ma part, je n'avais jamais remarqué la présence dans les bras de cette mère d'un nourrisson dont on ne perçoit qu'une petite part du visage. 
Quelques citations de photographes, très judicieusement choisies, ponctuent l'exposition de leurs travaux. Josef Sudek (photographe tchèque 1896-1976) affirme : "Tout ce qui surgit, mort ou vif, aux yeux d'un photographe inspiré prend mystérieusement différentes formes : un objet inanimé vient à la vie grâce à la lumière ou à ce qui l'entoure. Et si le photographe est un peu talentueux, il pourra en faire quelque chose - j'imagine que cela s'appelle la poésie."

Leon Levinstein (photographe américain 1913-1988) affirme : "Une bonne photographie doit prouver au spectateur que nos yeux voient bien peu de choses. La plupart des gens ne voient pas - ils savent seulement ce qu'ils ont l'habitude de voir ou ce qu'ils s'attendent à voir - alors qu'un photographe, s'il est doué, verra tout. Et c'est encore mieux s'il voit des choses auxquelles il ne s'attend pas." Pour paraphraser Paul Klee, comme tout autre art, la photographie ne reproduit pas le visible, elle rend visible.
Howar Greenberg, a fait preuve d'un gout exceptionnel pour constituer une collection parfaite.